( 7 décembre, 2014 )

AFFAIRE D’IKONI : NOM DE CODE : PAIX CONTRE VOIX

DSC04296Le vrai visage de l’affaire d’Ikoni, commence à se dévoiler. Ici dans ces colonnes, on n’ a eu de cesse  de clamer haut et fort que ce conflit est classé dans le cadre des conflits dits électoralement lucratifs. Il y a deux ans, la ville d’Ikoni s’est déchirée, a été décimée. Depuis les nuits du 23/24 décembre 2012 et celle du 26 janvier 2013, la ville, capitale de l’ile de Ngazidja, a perdu son visage paisible. Mais le plus curieux, est que ce conflit n’a jamais été traité sérieusement. Il n’a bénéficié ni de la médiation des gens de la région, ni de la responsabilité du régime en place.  Au contraire, en accord avec des natifs d’Ikoni, de l’huile fut à mainte reprise jetée sur le feu pour attiser plus qu’il n’en faut la haine. Pendant deux ans, la ville a été livrée à elle-même. Sans secours, elle est devenue vulnérable : Le procureur général du parquet de Moroni, M. Sako, le vice-président en charge des finances, M. Mamadou, le directeur du cabinet en charge de la défense, M. Boléro, la municipalité et quelques individus, se sont emparés des parts du gâteau qu’ils ont partagé. Ce faisant, ils ont abouti. Tout cela, pour rien d’autres que des comptes d’apothicaires, à la petite semaine : des vils calculs électoraux. Mais de cela, les ikoniens sont pleinement conscients.

Plusieurs machinations sont l’œuvre de quelques individus ikoniens. Des prétendues réconciliations, qui en vérité, ne sont qu’un prétexte fallacieux. En toute honnêteté, la situation exige qu’on fasse ce qui n’a jamais été tenté. Il ne faut pas fuir l’obstacle, il faut s’y confronter. Pourquoi dans cette affaire, il y a toujours l’absence de débat ? Mais où est passé l’intelligentsia ? Pourquoi à tout prix une réconciliation, sans que chacun ait reconnu sa part de responsabilité ? Quid des commanditaires présumés ? Pourquoi les ikoniens cèdent aux caprices de quelques hommes du palais qui ont transformé ce conflit en filon? Mais pourquoi les « responsables » ikoniens ne se rendent-t-ils pas compte que c’est de l’avenir d’une ville toute entière qu’ils mettent en danger ? Etonnement et déception. Cette ville qui compte en son sein, des ingénieurs, des intellectuels, des « cadres », des juristes, des ulémas, des hommes accomplis » et qui, malgré tout n’arrive pas à trouver une solution pérenne dans la transparence, mais toujours en en-tapinois, encore par des individus qui n’agissent que pour leurs ventres.

« …réconciliation au mépris des victimes »

Il y a une semaine, précisément le vendredi dernier, une délégation de quelques hommes accomplis de la région de Bambao, s’est rendue à Ikoni. Objet de la visite, mettre un terme au conflit qui perdure. Sont-ils seulement conscients que depuis, le conflit n’est plus circonscris à Ikoni intra-muros, mais s’étend partout où il y a deux citoyens de la ville ? Comme on ne s’amuse pas avec le conflit, il ne faut pas non plus jouer avec la réconciliation. La rigueur doit être de mise. Comme l’affaire d’Ikoni n’est pas une simple affaire, il ne faut pas qu’on la prenne à la légère. Il faut donc, se ressaisir, attendre, évaluer et étudier à fond le problème quand on aspire à être un bon médiateur. Et si on œuvre pour une paix durable et définitive. Cette délégation susmentionnée, a-t-elle  une idée des responsabilités respectives ? En réalité, elle prend sa source de l’apocalypse des nuits meurtrières ?  Mais pourquoi cette réconciliation au mépris des victimes et des familles dont la dignité est bafouée? C’est ce qu’on appelle réconciliation ? Il ne faut pas envenimer la situation. La Paix est là. On partage la même mosquée, les mêmes taxis, les mêmes équipes sportives et même des complicités de malfaisance. Si certaines têtes ont la crainte que des bureaux de vote ne feront pas les plaines voix, c’est simple, qu’ils mènent une campane électorale, digne de ce nom.

Cette réconciliation électorale, Ikoni n’en a pas besoin. Oui, nous savons très bien que les candidats de Bambao sont en crise, une fois que la ville d’Ikoni reste dans cet état. Mais ils l’ont voulu. Au moment où ces « politiques » auraient dû se mobiliser pour une solution juste et équitable, ils regardaient ailleurs. Cette fois-ci, ils sont rattrapés par le destin politique, qu’ils assument. Tous ces politiciens sont au courant depuis l’aube de la manœuvre entreprise par Mamadou dans cette affaire dévastatrice. Depuis les différentes réunions, le parti-pris dans cette affaire où il devait, au contraire faire de l’arbitrage, l’entrave des quatre mandats d’amener lancés contre quatre ikoniens, sous prétexte, qu’il connait les problèmes de la prison, et qu’il les a empêchés de grès. Le piétinement de la justice, en faveur de quelques scélérats. Il faut que cette question soit gérée avec respect et vigilance. Nous étions nombreux de près et de loin à attribuer la responsabilité de ce conflit à certaines têtes parmi lesquelles, Mohamed Adamo, Soilihi Hadji, Dahalane Said Salim, Mohamed Athoumane, Issmaila Abdou, les Abdallah Halifa fils. Mais pourquoi ces noms passent-ils inaperçus ces derniers temps ? Pourquoi on ne leur demande pas de livrer leur vérité ? Mais pourquoi on ne leur demande pas, qui est le vrai responsable de ce drame ? Mais pourquoi aucun d’eux ne demande pardon aux ikoniens pour les dommages causés et les conséquences psychosomatiques des victimes marquées à jamais ? Et Mamadou, sa responsabilité dans cette affaire ne mérite-t-elle pas de réparation ou au moins une explication ?

« Des tractations pour les bulletins de vote »

Une chose est sûre. De cette paix électorale, tout le monde est au courant. Si c’est vrai ces politiques, ces hommes accomplis voulaient la paix et la stabilité à Ikoni, ils auraient empêché l’organisation des votes dans cette ville avant la réconciliation. Mais de cette manigance tout le monde est éveillé. Les quelques hommes d’Ikoni, notamment du régime et quelques amis, qui sillonnent les villes de Bambao pour travailler les autres, afin de trouver une ville unie pour les élections, doivent comprendre que toute tentative restera vaine. L’affaire d’Ikoni a ses cerveaux ailleurs notamment en France. S’ils pensent qu’ils peuvent s’arranger comme ça à leurs profits, Ikoni a d’autres ikoniens ailleurs et qui pensent à cette ville détruite par ces mêmes hommes. Il ne faut pas continuer à torturer cette ville, qui a suffisamment souffert avec une construction de château de sable. Cette réconciliation trompeuse, n’est que sable mouvant. Tout le monde a compris que ce n’est pas une paix pour la ville mais c’est une paix ponctuelle pour que les élections puissent se dérouler comme ils veulent. La ville d’Ikoni ne doit pas être prise pour « Mani ya djuu, ni bwe na shindoni ni même upnaga wa pindo ». Il faut lui attribuer les mérites qu’il lui faut. Rassembler les deux côtés et en France et aux Comores au centre d’un débat pour trouver une solution pérenne à cette crise démolisseuse. Si on a peur de se confronter au problème, on ne peut pas trouver  une solution.

Source : COMORESplus

SAID YASSINE Said Ahmed

COMORESplus

2 Commentaires à “ AFFAIRE D’IKONI : NOM DE CODE : PAIX CONTRE VOIX ” »

  1. Said Youssouf Said Mohamed dit :

    Voilà quelqu’un qui sait et qui ose parler. Mais qui l’écoutera dans la république des sourds et des aveugles!

  2. said ali dit :

    L’Affaire d’Iconi est un vrai drame à plus d’un titre. Toutefois, je profite de cette opportunité rare pour saluer la constance de mon petit frère Yacine dans sa quête de vérité autour des événements tragiques qui ont émaillé notre ville.

    La détestation de notre ville est un sport national. Se moquer d’Iconi, le ridiculiser, ringardiser ses habitants est devenu quelque chose de très vendeur. Derrière ce constat, chaque Iconien doit s’interroger sur les fondements d’une telle haine brute et souvent infondée.

    Je suis convaincu que beaucoup de personnalités influentes du pays ne verraient pas d’un bon œil la ville d’Iconi aller de l’avant par simple jalousie de la voir briller tant ses atouts sont nombreux.
    Nous sommes une des rares villes du pays à jouir d’une histoire suffisamment riche. Notre démographie est aussi un atout. Nous disposons d’une population ayant un niveau d’éducation scolaire convenable par rapport à la moyenne nationale. Nous comptons un nombre de cadres et de techniciens supérieurs relativement important tant sur le plan national qu’international. Nous avons une population avec un pouvoir d’achat convenable au regard de la moyenne. Enfin, nous sommes à cinq minutes de la capitale. Ce qui confère à notre ville un formidable atout à tout point de vue.

    Par conséquent, avec des atouts pareils, les ennemis de notre ville, qu’ils soient de loin ou de près, ne reculeront devant rien dès lors qu’il s’agit de déstabiliser cette ville. Cela, vous avez pu le constater au cours du conflit Moroni/Iconi où gouvernement et notabilité, au lieu de trouver un terrain d’entente, nous ont joué une vraie scène de comédie de fausse médiation.

    Avec ce conflit Iconien, vieux déjà de deux ans, notre ville traverse une dure épreuve inqualifiable puisque des citoyens de la même cité décident de s’en prendre violemment à leurs propres frères et sœurs sans raison majeure.

    Aujourd’hui nul besoin de revenir sur trop de détails tant rien n’échappe à personne quant à l’étendue des dégâts matériels, humains et psychologiques.

    Il va de soi que dans cette affaire, les responsabilités sont multiples. A l’échelon local, il y a eu des erreurs de jugement et d’appréciation manifestes aux conséquences extrêmement dramatiques puisqu’elles ont abouti à la scission de notre ville.
    Notre faute majeure c’est de considérer que l’intérêt partisan (l’appartenance à un quartier) est plus fort que la défense stricte de l’intérêt général (intérêt des Iconiens dans leur ensemble).

    En refusant cette espèce de repli partisan au profit du simple bon sens, nous aurions pu faire l’économie d’un long conflit inutile. Il aurait été souhaitable que chaque camp manifeste le courage de dénoncer les présumés auteurs de ces massacres au lieu de dépenser autant d’énergie et d’argent pour protéger vaille que vaille des jeunes délinquants indéfendables quelles que soient les explications du monde.

    Mais ce qui me choque par dessus tout, c’est l’extrême cynisme des autorités nationales traitant cette affaire avec autant de légèreté et d’insouciance oubliant que cette affaire porte toutes les germes d’une guerre civile susceptible de menacer notre concorde.

    Comment est ce que des prétendues autorités publiques peuvent se permettre de copiner avec des acteurs centraux de ce conflit au vu et au su de tous sans être soupçonnés d’avoir un parti pris ?

    je me rappelle de cette levée de boucliers à l’encontre du Président Mitterrand lorsqu’on a su que ce dernier continuait à rencontrer le collabo Réné Bousquet.

    Dans cette affaire, j’ai fini par comprendre que nos gouvernants sont loin de comprendre les dangers qui menacent notre cohésion en se montrant si indifférent aux foyers de conflits villageois et régionaux qui menacent ce pays.

    C’est la raison pour laquelle, je suis profondément convaincu que la crise que nous connaissons ne pourra être résolue sans une volonté de retour à la table de négociation entre les deux protagonistes. Et pour cela, il faut que chaque partie soit disposée à reconnaître ses torts et à se montrer coopératif pour tendre vers un vrai processus de paix durable. Notre cohésion est à ce prix. Mais attention, un processus de paix et de réconciliation n’est pas synonyme de table rase sur les crimes et massacres commis. Pour donner une vraie chance à la paix, il faut évacuer la haine et le sentiment d’injustice. Et pour cela, chaque auteur de délit doit payer.

    Abdillah SAID ALI

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